Video Continua

Panneau de 110 images de vidéosurveillance. Dimensions 100 x 165 cm.

Ce panneau constitue un atlas de photos, évoquant les images des caméras de surveillance qui nous entourent. Maillons essentiels de la politique de sécurité, ces caméras rendent contigus deux espaces, celui du surveillant et celui du surveillé. Elles s’apparentent au périscope, attribut du sous-marin, qui marque le temps de guerre.
Mais avec ces images, premier but affiché du système de surveillance, que voit-on, que peut-on voir ? En direct comme en différé, il faudrait un temps sans limite pour les visionner, et tout autant de protect-opérateurs. Leur grand nombre les rend non-visibles. D’ailleurs pour pallier à ce problème, certaines villes en Angleterre proposent aux citoyens de surveiller les écrans via le web.
Sont repris ici, par analogie, la forme et le principe de la scriptura continua, c’est-à-dire d’un texte qui ne faisait que noter le flux continu des mots dans la parole : jusqu’au VIe siècle, les textes en latin étaient écrits sans signe de ponctuation, sans point ni virgule, sans espace blanc entre les mots. Ici les images sont colmatées. De près comme de loin, on ne voit rien. On peut parler de l’innocuité d’un système où le but visé devient le principal artefact. On parle aussi d’innocuité au sujet de substances toxiques prises à faible dose : ici c’est la surdose qui occulte.